.

les_amants_du_n_importe_quoi


____Aujourd'hui, j'ai le sentiment qu'il ne me reste plus que mon passé à vivre.

*

____Il ferme la porte derrière lui. Descend les escaliers. Arrive enfin dans la rue. L'air frais du petit matin. Mais rien n'y fait, il est toujours le même. Alors il s'élance dans la ville, il marche longtemps, mais rien n'y fera. Car c'est lui-même qu'il voudrait fuir, et cela est impossible.

*

____D'une manière générale, le temps l'obsède. Il regarde la vie couler entre ses doigts, il voit qu'il ne parviendra pas à la retenir, et ressent alors une mélancolie délicieuse.

*

____Une autre observation : il voit bien que les relations sont devenues impossibles. La plupart des gens ont l'air de suffoquer. Nous avons dû quitter la rive de l'enfance et pénétrer dans une mer glaciale. Bien entendu, au début, nous avons cru qu'il y aurait une rive de l'autre côté. On nous avait raconté ces histoires d'explorateurs que personne ne prenait au sérieux et qui, seuls contre tous, continuaient vers l'inconnu : c'était ainsi qu'ils avaient découvert de nouveaux continents. Nous avons voulu les imiter. Nous nous sommes épuisés à nager vers le large. Un jour nous comprenons qu'il n'y aura jamais de rive devant nous, et qu'aucun retour au temps joli de l'enfance n'est envisageable. Ce jour-là, nous sommes prêts pour la mort. En attendant, reste le plaisir.

*

____C'est étrange, d'avoir l'impression d'être passé à côté de soi.

*

____Que ferait-il alors ? Il écrirait sans doute. Car, bien entendu, comme ceux qui ne savent pas vivre, il lui arrive d'être tenté par les démons de l'écriture.

*

____Elle ne connaîtra plus ces matins détestables où il fait froid, ces matins cruels où l'on se rend compte qu'une fois encore le jour s'est levé, et qu'il faudra tenter de vivre. Elle ne sera plus jamais seule. Et toi, libre enfin, ivre et consolé d'un vrai chagrin, un chagrin sur lequel tu pourras te lamenter ! Tu prends conscience que tu ne l'aimes jamais autant qu'absente, et les larmes te viennent même aux yeux.


°    °    °

°    °    °

____Peut-être aurez-vous repéré deux ressemblances si toutefois vous avez lus les livres dont j'ai étalés des bouts ici-même.

____La première concerne le passage où il est question de rive. Dans Extension du domaine de la lutte, Houellebecq fait aussi mention de l'existence d'une hypothétique rive que nous chercherions tous à atteindre. Chez Zeller, l'eau est glaciale tandis que chez Houellebecq elle est froide. L'autre rive inatteignable, la mort rôdant, non loin...

____La seconde concerne, quant à elle, la dernière citation et, plus précisément, cette bribe-ci : tu ne l'aimes jamais autant qu'absente. Cela me fit penser à un passage de Extrêmement fort et incroyablement près : Là est la tragédie de l'amour, on ne peut rien aimer plus qu'on aime ce qui nous manque.

____Et pour en revenir à la ressemblance avec Houellebecq, désormais je comprends mieux pourquoi est marqué sur la quatrième de couverture du roman ceci : il y a une goutte de Kundera et des relents de Houellebecq.

.