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Ecrit le 25 mai 2008.

____Elle drague, aguiche, embrasse. Elle ne compte plus les types qui sont passés dans son lit. Ça n’a plus d’importance depuis longtemps. Elle se perd et c’est tout ce qui compte.

____Lui, celui auquel est s’est accrochée sans même sans rendre compte, sans le vouloir ni le décider ; lui qui l’a laissée sur le bas-côté alors qu’elle tenait, malgré ce qu’elle pouvait dire, à lui, vient vers elle et lui demande si ce qu’elle fait, si sa perte dans les bras de ces différents types lui convient. Elle lui répond qu’elle n’a pas le choix, que ça ne lui convient pas mais que c’est tout ce qui lui reste, que c’est ce qui la lacère le moins. Elle s’est faite broyer deux fois en délaissant sa carapace, en s’attachant, en pensant pouvoir compter sur l’autre. Elle s’est faite broyer lorsqu’elle s’est rendue compte qu’elle s’était plantée, quand elle se retrouvait sur le bord de la route, la gueule ouverte, seule et salement amochée. Alors elle s’est dit qu’on ne l’y reprendrait plus. C’est con mais c’est ainsi. On se préserve comme on peut. Elle sait qu’elle se trompe et qu’elle se tue elle-même, mais au moins elle le sait ; elle sait ce qu’il en est, qu’elle n’a rien à attendre de ces types ni d’elle-même. Alors elle baise, prend son pied, et bien qu’elle sente la solitude, le vide intérieur une fois les coups-de-reins passés, elle continue. Parce que c’est tout ce dont elle est capable et que c’est aussi sa manière à elle de dire aux autres qu’elle a besoin d’aide, de dire à celui qui l’a aimée qu’il l’a achevée, qu’elle a mal, qu’elle lui en veut mais qu’elle ne peut le lui dire. Alors chaque coup-de-rein est une mutilation supplémentaire qu’elle s’inflige, comme pour se punir de s’être laisser prendre au piège, d’y avoir cru. Elle se fait mal pour oublier la douleur qu’on lui a faite. Ça ne sert à rien. C’est peine perdue et elle le sait ; elle le sait pertinemment mais il ne lui reste que son corps, son cœur étant brisé en mille morceaux et son âme bien trop lourde pour faire partie de ce corps. Elle donne, loue son corps à défaut de posséder autre chose. Chaque type laisse une cicatrice de plus, visible. Elle s’enlaidit chaque jour un peu plus. C’est à peine si maintenant elle s’en rend compte. Ce qu’elle sait, en revanche, c’est que personne n’est venu vers elle et que les seules personnes l’ayant fait se sont barrées aussitôt leur coup tiré. Chaque matin elle a une balafre de plus, se sentant encore toujours plus seule, plus vide que le jour précédent. Chaque jour elle perd des bouts d’elle-même. Elle ne les sème pas : on les lui vole. Chaque fois ça lui fait mal mais jamais elle n’aurait pensé que son émiettement dure aussi longtemps. Ce n’est qu’un suicide à petits feux. Elle aurait pensé crever il y a bien plus longtemps. Sur ce coup-là, également, elle se sera plantée.