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Extraits de Rencontre psycho-thérapeutique et paradoxes de J. Plagnol (revue L'Evolution Psychiatrique)


____L'action thérapeutique [...] pourrait n'être que le produit de la violence d'une raison normative excédée par ce qui ne pouvait être mesuré, représenté, intégré dans les catégories de son savoir.

____Paradoxe sous-jacent à la rencontre thérapeutique : dans le pathologique se manifeste l'affirmation d'une subjectivité singulière et la raison thérapeutique serait la réduction de cette singularité.

____Etre liberté, c'est être indétermination, ambiguïté et doute, donc angoisse.

____Considérons seulement les situations d'hospitalisation sous contrainte : par définition, il n'y a pas de demande explicite, et postuler une demande inconsciente pourrait n'être qu'un alibi pour apaiser sa propre culpabilité, voire relever du désir mégalomaniaque du soignant déniant le non-désir de l'autre.

____La psychiatrie ou la psychologie clinique n'auraient pas pour but de normaliser un déviant, mais de soulager et protéger un être souffrant afin de le restaurer dans sa plénitude de sujet.

____Admettre l'équivalence de la souffrance et du pathologique serait supposer que le sujet souffre parce qu'il est malade. N'y aurait-il pas alors un risque de "psychologisation" abusive du malheur, où la souffrance psychique serait assimilée à un trouble mental ?

____On peut éprouver comme Nietzsche le sentiment d'une condition tragique inhérente à la vie, telle que la vie est indissociable de la possibilité de la souffrance. Ce sentiment peut prendre la forme d'une contradiction intenable, sans que cela soit d'aucune façon assimilable au pathologique.

____Faut-il alors supprimer la souffrance ? N'y a-t-il pas un risque que ce soit le thérapeute (ou, à travers lui, la société) qui autojustifie de cette façon la tentative thérapeutique pour se donner bonne conscience ? Ne supportant pas le spectacle de la souffrance et son obscénité, on serait prêt à administrer un calmant quelconque afin d'annihiler ce qui dérangerait.

____Le psycho-thérapeute est souvent conduit à faire souffrir son patient, à l'instar de l'obstétricien ou même du dentiste. Réouvrir une plaie psychique, extraire un secret qui ronge en profondeur le sujet, explorer la faille narcissique, parfois laisser délirer et travailler sur le délire... Telle est la base du travail psycho-thérapeutique.

____Paradoxe socratique du savoir de son non-savoir : sa compétence [celle du psycho-thérapeute] réside dans la conscience de son incompétence. [...] Le thérapeute sait seulement qu'il n'est pour le patient qu'un point d'appui pour la réflexivité, une occasion parfois heureuse et parfois malheureuse de redéploiement. Et l'occasion renouvelée de ce savoir réside précidément dans la rencontre avec le patient qui induit une relation singulière et multique, ouverte et à frayer, indéfinie et à définir. Même si le thérapeute disposait d'un savoir absolu sur le patient, ce savoir serait inutile, car l'espace d'un sujet ne peut être redéployé par une solution extérieure : pour être intégrée, la solution devrait déjà appartenir à l'espace du sujet, ce qui est absurde. La suggestion artificielle d'un chemin non intériorisé se révèle toujours factice. La rencontre thérapeutique réside bien dans l'expérience d'une relation ouvrant un espace sans que l'angoisse ne déborde.
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